Scholarly article on topic 'Comptes rendus'

Comptes rendus Academic research paper on "Sociology"

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Sociologie du Travail
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Abstract of research paper on Sociology, author of scientific article — Mathilde Provansal

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Academic research paper on topic "Comptes rendus"

les critiques visent en effet davantage à améliorer la gestion officielle des risques qu'à exiger une sortie du nucléaire. Le cadrage modernisateur et linguistique — le «gouvernement par les mots » — est si fort que les opposants font preuve de prudence et de timidité même si les controverses autour de la gestion des déchets et des rejets de La Hague au début des années 1990 contribuent à relancer le débat grâce aux contre-expertises associatives. Depuis la fin des années 1990, la justification de l'atome et le gouvernement de la critique ne cessent de se réinventer entre appel à la démocratie participative et mise en avant de l'autonomie des individus en phase avec la rhétorique néolibérale, voire promotion du nucléaire comme une « technologie verte ».

En dépit de la persistance des oppositions, la politique actuelle de gestion du nucléaire tend de plus en plus à produire de l'acceptation et de la résignation à l'égard d'un risque pensé comme inévitable. Au bout du compte, si les critiques du nucléaire ont indéniablement permis une certaine «modernisation [des] institutions nucléaires» et un recul du secret, elles n'ont en aucun cas favorisé une plus grande «démocratisation du choix nucléaire». Même si l'auteur suggère dans son épilogue des «raisons d'espérer», l'évolution des relations entre «l'atome et la démocratie» montre d'abord l'inégalité fondamentale du rapport de force et la réinvention continue des stratégies pour marginaliser les oppositions. À travers cette étude éclairante, S. Topcu nous offre en définitive un travail très précieux. Son livre éclaire les citoyens en démontant les rapports de pouvoir qui se jouent derrière le choix technologique du nucléaire tout en offrant une analyse socio-historique exemplaire, destinée à devenir un modèle pour les chercheurs en sciences sociales interrogeant les controverses technoscientifiques.

Références

Foasso, C., 2012. Atomes sous surveillance. Une histoire de la sûreté nucléaire en France. Peter Lang, Bruxelles, Bern,

Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien. Fournier, P., 2012. Travailler dans le nucléaire. Enquête au cœur d'un site à risque. Armand Colin, Paris. Hecht, G., 2004. Le rayonnement de la France. Énergie nucléaire et identité nationale après la Seconde Guerre mondiale. La Découverte, Paris.

Hecht, G., 2012. Being Nuclear: Africans and the Global Uranium Trade. The MIT Press, Cambridge (MA).

Francois Jarrige

Centre G. Chevrier, Université de Bourgogne, 4, boulevard Gabriel, 21000 Dijon, France

Adresse e-mail : francois.jarrige@u-bourgogne.fr

Disponible sur Internet le 23 octobre 2014

Open access under CC BY-NC-ND license. http://dx.doi.org/10.1016/j.soctra.2014.09.012

Les stars de l'art contemporain. Notoriété et consécration artistiques dans les arts visuels, A. Quemin. CNRS Éditions, Paris (2013). 458 pp.

C'est un domaine de recherche peu exploré jusqu'ici qu'aborde Alain Quemin : les phénomènes de notoriété et de consécration artistiques dans le domaine des arts visuels contemporains. En s'inscrivant dans la lignée des travaux réalisés par Edgar Morin (1957) sur les stars, par Raymonde Moulin (1967) sur la formation des valeurs économique et esthétique sur le marché de la peinture en France, par Alan Bowness (1989) sur les étapes conduisant à la notoriété en art, ou encore des travaux récents de Nathalie Heinich (2012) sur la mise en visibilité de la célébrité, Alain

Quemin prend pour objet d'étude les palmarès en art contemporain afin d'expliciter comment se construit la notoriété artistique et comment certains facteurs sociaux l'influencent. Il s'agit avant tout d'aller au-delà des explications avancées traditionnellement, faisant appel au génie et au talent, pour montrer que certains déterminants sociaux contribuent à structurer le monde de l'art contemporain.

Dans une première partie (chapitres 1 à 4), l'auteur analyse les différents palmarès disponibles pour étudier la formation de la notoriété et de la consécration artistiques dans le monde de l'art contemporain1. Il met en évidence et compare les principes de construction et les résultats produits par une dizaine de palmarès, ainsi que leurs biais et leurs limites. Il étudie donc des palmarès d'artistes, des palmarès de succès marchand, des palmarès d'œuvres, et les palmarès de ceux qui détiennent le pouvoir de certification et de consécration, publiés au cours des quarante dernières années, c'est-à-dire depuis que le monde de l'art contemporain a commencé à se structurer au tout début des années 1970. Le choix des palmarès retenus permet de prendre en compte à la fois des classements indigènes au monde de l'art, renvoyant aux jugements des experts, et des classements établis à partir des jugements du grand public.

Les résultats de ces divers classements sont congruents et donnent une image convergente de la notoriété artistique ou du pouvoir de consécration dans le monde de l'art contemporain. L'auteur met ainsi au jour l'effet performatif des palmarès: «ils révèlent la notoriété et contribuent à l'entretenir et sans doute aussi à la produire. Ils dévoilent des positions mais contribuent aussi à les conforter voire à les créer» (p.426). L'étude des trajectoires d'artistes figurant dans les palmarès permet également de distinguer différentes facons d'accéder à la consécration: les artistes stars connaissent des trajectoires d'accès à la reconnaissance similaires et bénéficient en quelque sorte d'une prime due à leur notoriété passée, alors que les trajectoires d'accès à des niveaux de notoriété moins élevés sont bien plus variées et ouvertes. L'analyse des taux de constance ou de renouvellement de plusieurs palmarès nous renseigne aussi sur l'état de fermeture ou d'ouverture du monde de l'art. Enfin, dans cette première partie de l'ouvrage, l'auteur teste l'hypothèse de R. Moulin (1992) selon laquelle la valeur de l'art se construit à l'articulation du marché de l'art et des institutions culturelles. Le recoupement des divers palmarès permet à l'auteur d'invalider cette hypothèse en soulignant notamment l'autonomisation croissante du marché vis-à-vis des institutions du monde de l'art.

Dans un second temps (chapitres 4bis à 7), l'auteur analyse l'influence de différents facteurs dans les phénomènes de reconnaissance et de consécration artistiques : l'âge, le genre et la nationalité. En forçant le trait, on peut ainsi avancer que pour apparaître et progresser dans les classements, mieux vaut être un homme blanc, âgé et originaire des États-Unis ou y travaillant. En effet, l'âge moyen des artistes les plus reconnus n'a cessé d'augmenter depuis les années 1970, passant d'une quarantaine d'années à plus de soixante ans, et l'on n'accède désormais à la très grande notoriété qu'au terme d'un « cursus honorum » de longue durée. Le genre exerce également une influence dans l'accès à la notoriété. Les femmes sont triplement discriminées : elles sont peu nombreuses à connaître une forte consécration, occupent généralement les places peu élevées du classement, et bénéficient de niveaux de prix moindres que les hommes pour un même degré de reconnaissance. L'auteur souligne également l'existence d'un seuil, voire d'un plafond de verre, les femmes étant peu représentées au sommet des palmarès. Enfin, leur reconnaissance institutionnelle reste beaucoup plus importante que leur reconnaissance marchande. Le dernier

1 Kunstkompass, Artfacts, Artnet, Artprice, Complex Art + Design, Artinfo, Power 100, ou encore l'Art Index France publié par le Journal des Arts.

chapitre est consacré à l'analyse de l'influence de la nationalité ou du pays de résidence sur l'accès à la notoriété. À l'heure de la globalisation, l'accès aux palmarès des artistes internationaux les plus reconnus reste très concentré géographiquement. L'Allemagne et les États-Unis sont très largement représentés dans les palmarès, creusant l'écart avec la France, l'Italie et, dans une certaine mesure, la Grande-Bretagne. Cela est toutefois dû en partie au principe de construction des indicateurs.

Cette deuxième partie du livre est également l'occasion pour l'auteur de tester l'hypothèse bourdieusienne d'homologie structurale entre les caractéristiques de ceux qui font les réputations et les caractéristiques des « élus » (Bourdieu, 1979) — les artistes contemporains. Elle est avancée pour expliquer la moindre reconnaissance des femmes artistes, les femmes étant sous-représentées parmi les personnalités influentes du monde de l'art. L'auteur illustre également cette hypothèse en soulignant que les pays participant le plus aux processus de consécration sont aussi ceux qui sont le plus représentés dans les divers palmarès étudiés.

C'est une analyse riche et stimulante des modes d'objectivation de la valeur esthétique et financière dans le monde de l'art contemporain que propose A. Quemin. Si le propos de l'auteur permet d'éclairer certains processus sociaux structurant le monde de l'art contemporain aujourd'hui, on peut regretter toutefois l'utilisation indistincte, mais assumée par l'auteur, des termes « célébrité », « notoriété », « reconnaissance », « renommée » ou « réputation » pour désigner ce qui semble finalement n'être autre chose que la visibilité et le fait d'apparaître dans un classement. La distinction entre reconnaissance par les pairs et renommée auprès du grand public permettrait peut-être de lever cette confusion. La reproduction d'un grand nombre de classements permet à l'auteur de décrire et de comparer l'évolution du rang des artistes d'un classement à un autre, d'une année à une autre, et de souligner les biais dans les résultats de certains palmarès dus au principe de construction de ces derniers. Mais la présentation du matériau sur lequel s'appuie l'analyse gagnerait à être éclairée et épurée. La présence d'un grand nombre de listes apporte en fin de compte peu de choses à l'analyse, et surcharge le propos de l'auteur. Enfin, même si le matériau qualitatif n'est pas le matériau principal sur lequel est fondée l'analyse, on aurait aussi apprécié d'obtenir un peu plus d'informations permettant de contextualiser les entretiens plus ou moins informels sur lesquels s'appuie l'auteur. Néanmoins, la lecture de cette recherche invite le lecteur à prolonger ces analyses sur la construction de la notoriété dans d'autres mondes de l'art.

Références

Bourdieu, P., 1979. La distinction. Critique sociale du jugement. Éditions de Minuit, Paris.

Bowness, A., 1989. The Conditions of Success: How the Modern Artist Rises to Fame. Thames & Hudson, London. Heinich, N., 2012. De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique. Gallimard, Paris. Morin, E., 1957. Les Stars. Le Seuil, Paris.

Moulin, R., 1967. Le marché de la peinture en France. Éditions de Minuit, Paris. Moulin, R., 1992. L'artiste, l'institution et le marché. Flammarion, Paris.

Mathilde Provansal

Institutions et dynamiques historiques de l'économie et de la société (IDHES), Université de Paris 1, 16, boulevard Carnot, 92340 Bourg-La-Reine, France Adresse e-mail : mathilde.provansal@univ-paris1.fr

Disponible sur Internet le 30 octobre 2014

http://dx.doi.org/10.1016/j.soctra.2014.09.006