Scholarly article on topic 'Comptes rendus'

Comptes rendus Academic research paper on "Sociology"

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Sociologie du Travail
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Abstract of research paper on Sociology, author of scientific article — Alain Chatriot

Unknown

Academic research paper on topic "Comptes rendus"

Quelles sont les conditions qui conduisent à privilégier un type de lien marchand plutôt qu'un autre ?

Par ailleurs, le choix des études de cas affiche une prédilection pour les marchés de consommation et les liens entre les consommateurs finaux et les agents des organisations commerciales. L'ouvrage montre bien que les relations sur les marchés ne sont pas simplement dissoutes par la marchandisation, mais qu'elles se renouent au contraire sous de nouvelles formes à l'occasion de cette marchandisation. Pourtant, dans quelle mesure ces résultats peuvent-ils être transférés au-delà du contexte spécifique des marchés de consommation, sachant que l'ambition de l'ouvrage est de développer une sociologie économique relationniste générale ? Il pourrait être intéressant d'élargir la perspective en incluant les liens marchands de la sphère productive—par exemple, les relations entre fournisseurs et entreprises-clients ou, comme M. Granovetter, les liens sur le marché du travail. Cela permettrait en outre de suivre une des suggestions faites par M. Callon dans la postface, à savoir ouvrir l'étude des liens marchands aux enjeux moraux, puisque la croyance commune ne critique pas tant l'absence d'un lien marchand que le changement peu désiré de sa qualité éthique.

Pour réaliser véritablement un programme de sociologie économique relationniste, il serait nécessaire de le mettre à l'épreuve d'une plus grande variété de marchés. En particulier, une mise à l'épreuve des marchés étudiés avec l'approche granovetterienne permettrait d'apprécier directement l'apport propre de ce programme.

Sebastian Kohl

Max Planck Institute for the Study ofSocieties, Paulstrafie 3,

50676 Cologne, Allemagne Adresse e-mail : ko@mpifg.de

Disponible sur Internet le 14 juillet 2014

http://dx.doi.org/10.1016/j.soctra.2014.06.009

Les Patrons des patrons. Histoire du Medef, M. Offerlé. Odile Jacob, Paris (2013). 368 pp.

«T'es content de toi ! » Cette interjection sarcastique d'un de ses collègues est citée parmi d'autres par Michel Offerlé dans l'introduction de son livre sur le Medef pour montrer combien l'objet qu'il s'est donné, la confédération patronale francaise, a longtemps peu intéressé les spécialistes de sciences sociales, défiants vis-à-vis d'un objet apparaissant peu légitime en comparaison avec l'étude des syndicats de salariés ou celle des mouvements sociaux. Contre cette ignorance, M. Offerlé répond par une vaste enquête dont il explique d'emblée clairement l'objectif: «Il s'agira ici, simplement, de faire de la sociologie de terrain» (p. 10) — d'où l'ampleur des entretiens et témoignages recueillis et dont la restitution occupe une place centrale dans le livre. L'introduction est d'ailleurs l'occasion d'une analyse réflexive sur les difficultés spécifiques de cette technique d'enquête pour le terrain patronal. L'auteur reconnaît également l'importance du travail collectif sur le sujet, puisqu'il a dirigé sur ces questions une recherche pour la DARES1 et un séminaire qui a permis une forte mobilisation d'étudiants dont les travaux sont cités en notes. Le livre s'organise en cinq chapitres : une « chronique » de la transformation du Conseil national du patronat francais (CNPF) en Mouvement des entreprises de France (Medef), une réflexion sur la représentativité de cette confédération, une étude des différentes

1 Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques.

figures qui incarnent le Medef, une autre de la fonction de président du Medef et, enfin, une analyse du «pouvoir» de cette organisation.

Le premier temps se veut une présentation des évolutions récentes de l'organisation confédérale du patronat francais sur les quinze dernières années. Au-delà des commentaires journalistiques parfois approximatifs, M. Offerlé utilise les acquis du renouvellement de l'historiographie du patronat2 pour présenter la transformation du CNPF en Medef.

Après cette première entrée pour mieux comprendre certaines des spécificités du Medef, M. Offerlé s'interroge sur la représentativité de cette organisation et donc sur son inscription dans l'«espace des organisations patronales». Il propose d'ailleurs un schéma original (pp. 96-97) permettant de distinguer des organisations confédérées représentatives, des organisations non confédérées, des associations périphériques, des organisations spécialisées, des think tanks, des mouvements de pensée, différents clubs — spécialisés, d'entrepreneurs, de sociabilité locaux et nationaux, internationaux — et les institutions consulaires — chambres de commerce et d'industrie et chambres de métiers et de l'artisanat, ces dernières étant peu abordées dans l'ouvrage. Dans cet espace pour lequel l'auteur reprend l'expression classique du « mille-feuille patronal», il souligne d'abord que le Medef est une confédération d'organisations, «évidence statutaire» mais qui détermine en fait la compréhension que l'on peut en avoir et les difficultés inhérentes au fait de devoir tenir une position « interprofessionnelle ». Le Medef regroupe donc des « fédérations » professionnelles. Se pose ici la question du découpage par branches que M. Offerlé qualifie avec raison d'« héritage historique institutionnalisé » (p. 148). À côté du Medef et dans une position de complémentarité-concurrence, on trouve aussi la CGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises) et l'UPA (Union professionnelle artisanale). Contrairement au monde du syndicalisme de salariés, les adhésions aux confédérations ne sont en effet pas exclusives.

Le chercheur revient sur la délicate question des indicateurs de la représentativité patronale. S'il ne déploie pas tout le vaste débat juridique sur cette question, il en souligne malgré tout les spécificités. Il aborde entre autres le point sensible du nombre d'adhérents du Medef pour lequel il tente, non sans difficulté, de calculer des chiffres pour lesquels on manque cruellement de sources précises. Il rappelle que cette représentativité n'est pas non plus assise sur les résultats de scrutins professionnels mais se construit dans le fonctionnement des structures enchevêtrées, et il conclut sur ce point : « Ce qui apparaît comme surprenant, vu de l'extérieur, le manque d'unité des structures, les multi-appartenances, les chevauchements, les multi-adhésions partielles, est compréhensible si l'on fait la sociologie des usages et des investissements multiples de ce mille-feuille confédéral » (p. 148).

Dans le troisième chapitre intitulé « représenter le Medef », M. Offerlé utilise les ressources de la sociologie du militantisme, très rarement mobilisées pour parler du monde patronal. Il réfléchit ainsi aux filières d'accès et aux types de trajectoires des porte-parole du Medef. Il insiste à raison sur le rôle des permanents patronaux — tradition marquante du syndicalisme patronal francais tout au long du XXe siècle — qui, derrière l'accusation courante d'être des « apparatchiks », sont un des pôles de cette représentation aux côtés de chefs d'entreprise qui s'engagent dans ce type de fonction pour des durées variables. Ce chapitre donne lieu à des restitutions de parcours professionnels parfois très riches et qui présentent une partie de l'élite assez peu étudiée. M.Offerlé réfléchit aussi aux «rétributions des engagements» et il souligne sur ce point le rôle bien connu de «l'État décorateur» (Ihl, 2007; Dumons et Pollet,

2 Il a d'ailleurs participé au volume collectif : Daumas et al., 2010.

2009). Il montre aussi combien la représentation patronale reste encore peu féminine et assez âgée, même si l'époque des «présidents à vie» dans les fédérations professionnelles semble révolue.

L'analyse du «gouvernement» du Medef ne se limite pas à celle de la présidence de l'organisation, même si bien sûr elle revient en détail sur les profils de ceux qui ont occupé cette fonction. À partir du cas de l'élection de Laurence Parisot, M.Offerlé conclut que «ce sont en effet les grandes fédérations qui font l'élection, parce que ce sont elles qui concentrent en elles le plus de ressources, et parce que ce sont elles qui investissent le plus dans les prises de décision confédérales» (p. 226). Il reprend sur ce point la célèbre formule «qui paye décide» et en montre l'application complexe mais assez exacte aux structures de la confédération patronale — le système de cotisations mériterait en lui-même de longs développements et des comparaisons avec d'autres organisations. M. Offerlé réfléchit ensuite, grâce à son riche matériau d'entretiens et à quelques sources originales, à ce en quoi consiste le travail de président du Medef, et auparavant du CNPF.

Le dernier chapitre sur « le pouvoir du Medef » a pour premier mérite d'étudier de près la question de «l'expertise» portée par l'organisation. M.Offerlé montre bien comment, pour certains dossiers (le plus connu étant celui du droit social), l'organisation confédérale, en tant que telle ou par le biais d'organisations adhérentes — on pense ici bien sûr à l'UIMM3 qui s'en est fait une spécialité —, est porteuse d'une compétence technique qui lui donne un poids nettement reconnu face aux confédérations de salariés mais aussi face à l'État. L'analyse de « l'esprit du capitalisme médéfien » présente un discours très général, finalement peu structuré intellectuellement. Enfin, M. Offerlé achève ce chapitre par une réflexion sur le rôle du Medef dans des activités de lobbying et dans son rapport au pouvoir politique.

En conclusion, le sociologue souligne donc quelques traits du Medef : l'ampleur des héritages historiques qui en déterminent le fonctionnement, les difficultés contemporaines à se positionner sur les questions de négociation et de rapport aux institutions du paritarisme, et, enfin, le fait que l'organisation soit soumise à un «travail incessant d'ajustement entre les divers patronats, beaucoup moins unis que le discours unifiant ne le déclame » (p. 324). La nature des analyses proposées conduit à peu voir les enjeux européens de la représentation patronale mais sur lesquels une autre enquête collective a été récemment menée (Michel, 2013). Le livre montre tout l'intérêt pour les sciences sociales de s'intéresser à ces objets trop longtemps négligés. Il révèle, souvent en creux, que la tâche n'est pas simple.

Références

Daumas, J.-C., Chatriot, A., Fraboulet, D., Joly, H. (Eds.), 2010. Dictionnaire historique des patrons francais. Flammarion, Paris.

Dumons, B., Pollet, G. (Eds.), 2009. La Fabrique de l'Honneur. Les médailles et les décorations en France, XIXe-XXe siècles. PUR, Rennes.

Ihl, O., 2007. Le Mérite et la République. Essai sur la société des émules. Gallimard, Paris.

Michel, H. (Ed.), 2013. Représenter le patronat européen. Formes d'organisation patronale et modes d'action européenne. PIE Peter Lang, Bruxelles.

3 Union des industries et métiers de la métallurgie.

Alain Chatriot

Centre de recherches historiques (CRH), UMR 8558 CNRS et EHESS, 10, rue Monsieur le Prince, 75006 Paris, France Adresse e-mail : alain.chatriot@ehess.fr

Disponible sur Internet le 14 juillet 2014

http://dx.doi.org/10.1016/j.soctra.2014.06.008

L'attention au monde. Sociologie des données personnelles à l'ère numérique, E. Kessous. Armand Colin, Paris (2012). 320 pp.

Dans le débat sur les données personnelles sur internet, le livre d'Emmanuel Kessous fait le choix fécond d'orienter la discussion vers un autre enjeu, celui de l'attention. La relation entre les deux questions qui est au cœur de l'ouvrage est illustrée par quatre terrains d'étude mobilisés de facon secondaire: les pratiques des conseillers-vendeurs en ligne, l'échange de maisons en ligne, les pratiques d'économie qui consistent à « faire des affaires » (coupons, réductions, cartes de toutes sortes), les sites de rencontres. Ces terrains sont convoqués en fin d'ouvrage pour affiner l'hypothèse centrale de l'émergence d'une « cité de l'attention ». La référence est donc explicite aux travaux de Luc Boltanski et Laurent Thévenot, dans leur approche de la justification en public (Boltanski et Thévenot, 1991), que l'auteur propose de compléter.

Il rend ainsi compte d'une mutation de la coordination des acteurs sur le marché: jusqu'ici, leur attention se portait sur les qualités des biens — avec toutes les imperfections et les asymétries d'information bien connues — alors que la coordination qui émerge repose sur la qualité des êtres, leurs préférences étant repérées par anticipation à partir des traces de leurs activités que laissent ces êtres, traces qui sont autant de «dépôts d'attention» contribuant à leur profilage. Malgré la juxtaposition des parties parfois difficile à suivre, ce point-clé de la nouvelle coordination doit être indiqué car il constitue un argument fort dans la justification même de l'ouvrage.

Mais l'auteur a d'autres ambitions, même s'il montre à quel point le seul passage de l'abondance de l'information à la rareté de l'attention modifie considérablement tous les modèles classiques de la discipline économique. Il souhaite aussi aller au-delà du diagnostic, qu'il fait par ailleurs de facon détaillée, sur les méthodes nouvelles du marketing—dont les systèmes de Consumer Relationship Management (CRM) sont un maillon important—, sur les ressources fournies gratuitement par les internautes, sous forme de données personnelles ou tout au moins de traces d'activités et donc de préférences, et encore sur le changement de régime du privé et du public qui se produit ainsi. E. Kessous tente en effet de fonder une nouvelle cité, à côté de celles déjà construites par Boltanski et Thévenot.

Rappelons que ces cités rendent compte des divers principes supérieurs communs que mobilisent les acteurs lorsqu'ils doivent se justifier en public de leur action et tenter de trouver un accord en produisant des ordres de grandeur pour rendre le monde commun commensurable. Ces ordres de grandeur ou de légitimité ne sont jamais purs, mais font souvent l'objet de compromis à partir des critiques que les uns font aux autres. Luc Boltanski et Ève Chiapello avaient déjà ajouté avec succès une nouvelle cité (ou grandeur) : la cité par projets. Dans cette cité, la grandeur est la connexion, la fluidité, et la capacité des êtres à être sans cesse appelés dans de nouveaux projets (Boltanski et Chiapello, 1999).

Si elle possède des traits voisins avec la cité par projet, la cité de l'attention proposée par E.Kessous s'en différencie clairement selon lui. D'abord parce qu'il identifie sa nouvelle cité à internet — ce qui paraît très discutable, comme le montrent ses propres terrains et comme le